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Gouvernance IA

Le capital algorithmique.

Pourquoi votre IA devrait être une ligne de votre bilan, pas seulement une charge de votre compte de résultat. Et pourquoi cette anomalie comptable a une date de péremption.

Charles Dadi

Co-fondateur & CTO, Nexa Forward

19 mai 2026
9 min de lecture

Un paradoxe au bilan des grandes entreprises

Posons deux faits côte à côte. Le premier : en 2025, les entreprises mondiales ont consacré plus de 680 milliards de dollars à l'intelligence artificielle. Le second : dans l'écrasante majorité de ces entreprises, l'IA n'apparaît nulle part à l'actif du bilan.

Elle apparaît en charges : licences SaaS, prestations de conseil, salaires des équipes data, infrastructures cloud. Elle apparaît parfois en investissement capitalisé, mais rarement, et pour de petits montants. Elle n'apparaît jamais comme un actif distinct, identifié, valorisé, défendable — alors qu'elle représente, pour beaucoup d'organisations, le premier poste de transformation depuis dix ans.

Cette anomalie a une cause historique simple. Pendant longtemps, l'IA en entreprise a été un atelier : des projets ponctuels, des modèles instables, des cas d'usage qui ne survivaient pas à 18 mois. Personne ne pouvait raisonnablement immobiliser une chose aussi volatile à l'actif d'un bilan.

Cette époque touche à sa fin. Et avec elle, l'anomalie comptable qui en découlait.

Chiffre

En 2025, 42% des entreprises ont abandonné la majorité de leurs initiatives IA, contre 17% en 2024. Coût moyen par initiative abandonnée : 7,2 millions de dollars.

Source : S&P Global Market Intelligence, AI Experiences Survey, 2025.

Pourquoi l'IA n'a jamais été (encore) un actif comptable

Pour qu'une chose soit un actif au sens comptable, elle doit satisfaire trois critères de base. Elle doit être contrôlée par l'entreprise. Elle doit générer des bénéfices économiques futurs probables. Et son coût doit être évalué de manière fiable.

Sur ces trois critères, l'IA d'entreprise a longtemps échoué. Échec sur le premier : les modèles dépendaient d'un fournisseur, d'un cloud, d'une licence ; le contrôle était partagé, parfois inexistant. Échec sur le deuxième : les modèles devenaient obsolètes en 18 à 24 mois, les bénéfices futurs étaient des conjectures, pas des projections défendables. Échec sur le troisième : la part de la valeur due aux modèles vs au moteur sous-jacent vs aux données vs aux équipes était impossible à isoler.

Trois échecs structurels. Aucun cabinet d'audit sérieux ne pouvait défendre la capitalisation d'un actif IA dans ces conditions. Le compte de résultat était le seul refuge possible.

Ces trois échecs sont en train de basculer en 2025–2026. Et ce basculement ne tient pas à une percée technologique : il tient à un changement d'architecture des plateformes IA d'entreprise.

Ce qui change : la couche de contrôle devient durable

La rupture des plateformes émergentes — celles que nous appelons les socles de capital algorithmique, par opposition aux plateformes d'agents ou aux plateformes data avec IA — repose sur une distinction simple mais fondamentale :

Le moteur (le LLM, le modèle de scoring, le réseau de neurones) est devenu une commodité. Il change tous les 18 mois, ses prix s'effondrent, ses fournisseurs se concurrencent. Aucune valeur durable ne peut s'y attacher.

La couche de contrôle (qui valide quoi, sur quelle base, avec quelle traçabilité, vers quels destinataires, sous quels arbitrages) est en revanche spécifique à votre organisation, accumule des décisions au fil du temps, et devient progressivement non-transférable à un concurrent.

Le moteur est jetable. La couche de contrôle, elle, est patrimoniale — à condition d'avoir été pensée comme telle.

C'est cette couche de contrôle, opérationnelle, propre à l'organisation et cumulative, que nous appelons le capital algorithmique. Et c'est elle qui satisfait, pour la première fois, les trois critères comptables de l'actif.

Les cinq critères du capital algorithmique

Pour qu'un actif algorithmique soit défendable — vis-à-vis d'un commissaire aux comptes, d'un investisseur en due diligence, ou d'un acquéreur — cinq critères opérationnels doivent être satisfaits. Aucun n'est exotique : ils transposent au monde IA des principes connus dans la valorisation d'autres actifs intangibles.

  1. Traçabilité. Chaque décision IA produite par l'organisation est attachée à un dossier de preuve qui contient ses sources, ses paramètres, son cycle de validation et son destinataire. Sans traçabilité, l'actif n'existe pas : il n'est qu'une succession d'événements opaques.
  2. Réversibilité. Le moteur sous-jacent peut changer — passage d'un LLM propriétaire à un autre, bascule d'un modèle interne à un fournisseur cloud — sans perte du patrimoine. Si l'organisation ne peut pas changer son fournisseur sans tout perdre, le contrôle de l'actif n'est pas effectif.
  3. Capitalisation. La mémoire opérationnelle s'enrichit avec l'usage : validations expertes archivées, configurations approuvées, politiques actives. Un actif qui ne s'apprécie pas avec l'usage n'est pas capitalisable — il est une charge récurrente déguisée.
  4. Auditabilité. Un tiers indépendant peut rejouer une décision passée, vérifier qu'elle est reproductible, et confronter le résultat à la version archivée. Sans cette capacité, aucun commissaire aux comptes ne signera.
  5. Souveraineté. L'organisation contrôle où, comment et par qui sont prises les décisions. Sans souveraineté, elle ne contrôle pas l'actif — elle loue un service à un tiers, et c'est ce tiers qui détient la valeur.

Quand ces cinq critères sont remplis, l'algorithme cesse d'être une charge et devient un actif. Il est défendable face à un auditeur, valorisable lors d'une cession, transmissible lors d'une fusion. Il devient une ligne de bilan au sens propre.

Comment commencer à valoriser son capital algorithmique

L'erreur classique, à ce stade, est de chercher tout de suite un chiffre. Combien vaut le capital algorithmique de notre groupe ? La question est prématurée. Avant de valoriser, il faut cartographier, puis évaluer, puis seulement industrialiser.

Cartographier : l'inventaire des décisions IA actives

Première étape, qui prend en général deux à trois mois dans une organisation de plus de 5 000 personnes : dresser la liste exhaustive des processus de décision dans lesquels une IA intervient, à un titre ou à un autre. La plupart des organisations découvrent à cette occasion qu'elles en ont trois à cinq fois plus qu'elles ne pensaient. Scoring crédit, détection de fraude, recommandation produit, allocation de stocks, priorisation de leads, génération de contenus, traduction automatique, modération : la dispersion est massive, la cartographie commune n'existe nulle part.

Évaluer : noter chaque décision sur les cinq critères

Une fois la liste établie, chaque processus de décision est évalué sur les cinq critères ci-dessus. La plupart obtiennent une note médiocre sur la plupart des critères — ce qui est normal : ces processus n'ont pas été conçus avec la valorisation patrimoniale en tête. Cette photographie devient alors la base d'arbitrage stratégique : quels processus méritent d'être industrialisés, lesquels doivent être abandonnés, lesquels doivent rester en pilote.

Industrialiser : bâtir le socle commun

Les processus retenus sont migrés vers une infrastructure unique qui satisfait, par construction, les cinq critères. C'est cette infrastructure que nous construisons chez Nexa Forward, mais elle peut prendre d'autres formes : l'important n'est pas le fournisseur, c'est la cohérence du socle. Multiplier les outils non-interopérables, c'est garantir que l'actif algorithmique ne deviendra jamais cumulatif.

L'agenda 2026 du Directeur Financier

Pour un Directeur Financier en 2026, trois questions vont devenir progressivement incontournables — d'abord en comité d'audit interne, puis en comité de direction, puis en assemblée générale.

Combien de décisions IA notre groupe produit-il par mois ? La plupart des grandes entreprises ne savent pas y répondre. C'est en soi un signal d'immaturité : une organisation qui ne sait pas combien de décisions critiques elle externalise à des modèles ne peut pas en mesurer le risque.

Quel pourcentage de ces décisions est tracé et auditable ? Cible défendable en 2026 pour un secteur régulé : 100% sur les processus à fort impact, 70% au minimum sur l'ensemble. En dessous de ces seuils, la Direction des Risques devrait déjà tirer la sonnette d'alarme.

Combien vaut notre capital algorithmique ? La question paraît prématurée aujourd'hui. Elle ne le sera plus en 2027. Les premiers travaux des organismes comptables internationaux — IFRS, US GAAP — sur les frameworks de valorisation des actifs algorithmiques sont en cours. Ils n'aboutiront pas avant 2028 ou 2029. Mais les Directions Financières en avance auront déjà leurs propres méthodologies internes, défendables, opposables, communicables à un acquéreur ou à un investisseur.

Le vrai signal

Le DAF qui posera, en comité d'audit 2026, la question « combien vaut notre capital algorithmique ? » sera 18 mois en avance sur ses pairs. Celui qui pourra y répondre avec un chiffre défendable aura 36 mois d'avance.

Conclusion : le bilan rattrapera la réalité

L'histoire comptable est faite de rattrapages. Pendant longtemps, le logiciel n'était pas un actif. Puis il l'est devenu. Pendant longtemps, la marque ne se valorisait pas. Puis les normes se sont adaptées. Pendant longtemps, les émissions carbone n'apparaissaient nulle part. Aujourd'hui, elles structurent la directive CSRD.

L'IA suivra le même chemin. Plus vite, parce que les montants engagés sont plus massifs, et parce que la pression réglementaire — AI Act en tête — impose déjà la traçabilité que les normes comptables n'exigent pas encore.

Les organisations qui auront, en 2026, les cinq critères du capital algorithmique remplis ne seront pas seulement plus performantes. Elles seront plus valorisées en bourse, mieux notées en crédit, plus chères à racheter, et plus solides en cas de crise réglementaire. Pour leur Direction Générale, ce sera trois ans de bénéfice compétitif gagnés pendant que le reste du marché en aura encore « pour le compte de résultat ».

Le bilan finira par rattraper la réalité. Autant ne pas attendre que ce soit le commissaire aux comptes qui en fasse la remarque le premier.

Sources

  1. S&P Global Market Intelligence, AI Experiences Survey 2025 : 42% des entreprises ont abandonné la majorité de leurs initiatives IA en 2025 (vs 17% en 2024). Coût moyen par initiative scrappée : 7,2 M$.
  2. RAND Corporation, Ryseff & Narayanan, Why AI Projects Fail and How They Can Succeed, 2025. 80,3% de taux d'échec des projets IA en entreprise. rand.org
  3. Gartner, AI Projects in I&O Stall Ahead of Meaningful ROI Returns, avril 2026. 28% des projets IA en infrastructure atteignent le ROI promis.
  4. MIT NANDA Initiative, The GenAI Divide : State of AI in Business 2025. 95% des projets GenAI sans ROI mesurable ; 5% des pilotes intégrés extraient une valeur substantielle.
  5. Règlement (UE) 2024/1689 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 (« AI Act »). Exigences de traçabilité (article 12) et de supervision humaine (article 14) pour les systèmes IA à haut risque, applicables à partir du 2 août 2026. digital-strategy.ec.europa.eu

Combien de décisions IA votre organisation produit-elle ?

30 minutes de discussion. Nous regardons ensemble la cartographie de vos processus de décision IA et le score sur les cinq critères du capital algorithmique.

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